L’IRSN poursuit l’instruction technique de ce sujet sur la base des éléments fournis par EDF et rapporte les conclusions de cette instruction à l’ASN
EDF vient de signaler coup sur coup deux problèmes génériques sur ses réacteurs de 900 MW.
Il faut savoir que sur les réacteurs français, les équipements assurant des fonctions de sûreté sont alimentés par deux voies électriques redondantes, indépendantes et secourues par des alimentations internes. Une seule voie est suffisante pour accomplir les fonctions de sûreté, à savoir l'arrêt du réacteur et l'évacuation de sa puissance résiduelle.
En situation normale, la ligne électrique dite « principale » qui permet l'évacuation de l'énergie produite par la centrale vers le réseau national, alimente les équipements de la centrale via un transformateur de soutirage. En cas de défaut momentané de la ligne principale, la centrale est automatiquement découplée du réseau national et peut s'autoalimenter en adaptant sa production à sa seule consommation : on parle alors « d'îlotage », peut on lire dans un communiqué de presse.
EDF annonce une anomalie sur plusieurs groupes électrogènes de secours des réacteurs de 900 MWe
Si l’ilotage échoue, l’arrêt automatique du réacteur est activé et l’alimentation électrique est basculée sur une seconde ligne du réseau national, dite « auxiliaire ».
Le premier de ces problèmes a été signalé le 1er février 2011 par EDF qui a déclaré à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) un écart de conformité affectant le système d’injection de sécurité des réacteurs de 900 MW. Cette démarche correspond aux obligation de l'exploitant dès lors qu'il découvre ce type d'anomalie.
Lors de contrôles, une usure prématurée a été constatée sur une pièce métallique, appelée «coussinet», équipant les moteurs diesels des groupes électrogènes de secours des centrales. Cette usure prématurée constitue un écart par rapport aux règles de sûreté nucléaire qui demandent que les matériels d'alimentation électrique (voir schéma) soient en capacité, moyennant des contrôles et une maintenance régulière, d'assurer leur fonction même s'ils ne sont pas utilisés en fonctionnement normal. De ce fait, l'anomalie relevée conduit EDF à appliquer une maintenance renforcée sur les groupes. Ces coussinets équipent depuis fin 2009, 26 groupes électrogènes répartis sur huit centrales nucléaires de 900 MW.
Le 22 octobre 2010, un des diesels de la centrale du Blayais a subi une avarie au cours de sa requalification après une intervention de maintenance. Il a alors été constaté, sur les 10 coussinets de bielle qui équipent le diesel, le grippage d’un coussinet et des dégradations de 8 autres coussinets, tous de « seconde génération ».
Dés lors, EDF a mené des investigations qui ont mis en évidence que d’autres groupes électrogènes équipés de coussinets de « seconde génération » présentaient des phénomènes similaires de vieillissement prématuré de ces coussinets. Devant le caractère générique du phénomène, EDF a déclaré un événement significatif de sûreté portant sur les réacteurs dont des diesels sont équipés de coussinets de « seconde génération », peut on lire dans un communiqué de presse.
Chaque unité de production nucléaire dispose de trois groupes d'alimentation électrique de secours. Pour Tricastin, le troisième groupe de secours qui viendrait, en cas de besoin, en relais des deux groupes électrogènes des unités 3 et 4, devait lui-même faire l'objet d'un remplacement de coussinet, ce qui n'est pas le cas pour les autres centrales concernées. Cette opération, sur le troisième groupe de secours de Tricastin, a d'ores et déjà été réalisée le 17 février 2011.
Le 16 octobre 2009, EDF a informé l'ASN d’une anomalie générique concernant les coussinets de tête de bielle des moteurs diesels des groupes électrogènes de secours des réacteurs de 900 MWe suivants : Blayais 1-3, Bugey 2-3-4, Chinon B3, Cruas 3-4, Gravelines 2-4, Saint-Laurent 2 et Tricastin 1-2-3-4.
Les groupes électrogènes de secours permettent chacun d’alimenter le réacteur en cas de perte des sources électriques du réseau national. Leurs moteurs sont équipés de bielles, qui sont des pièces mécaniques permettant de transmettre une force entre deux articulations d’axes mobiles. Afin de limiter les frictions entre les pièces mobiles, les têtes des bielles sont équipées de coussinets.
A la suite de la défaillance d’un moteur diesel de secours sur le réacteur 4 de la centrale de Chinon en juillet 2008, EDF et son fournisseur ont engagé des expertises, dont les résultats ont révélé, en octobre 2009, qu’une dégradation rapide du coussinet était à l’origine de cette défaillance. Lorsque le moteur diesel est en fonctionnement, la dégradation du coussinet est susceptible de conduire à son grippage et ainsi à la défaillance du groupe électrogène.
En octobre 2009, EDF a engagé une campagne de remplacement des coussinets sur l’ensemble des réacteurs impactés. EDF a également déclaré à l’ASN le 19 octobre 2009 un incident significatif, classé au niveau 0 de l'échelle INES, sur la base des informations disponibles à cette date.
Le remplacement des coussinets a été terminé mi-novembre 2009. Les analyses d’EDF qui ont suivi ont révélé un risque de défaillance des coussinets qui équipaient l’un des deux moteurs diesels de secours de chaque réacteur concerné. EDF a donc reclassé cette anomalie au niveau 1 de l'échelle INES le 14 janvier 2010.
EDF a hiérarchisé les interventions sur les diesels des tranches de 900 MWe en fonction de leur état de dégradation potentielle ainsi que du risque de mode commun lorsque les deux diesels d’un même réacteur sont concernés, et à la lumière de certains indicateurs (âge du diesel, nombre de démarrages, mesure de la teneur en plomb dans l’huile).
Sur cette base, EDF a prévu de remplacer les coussinets de six diesels avant la fin du mois de février. Outre ces six diesels, les autres diesels équipés de coussinets de seconde génération feront l’objet d’un suivi particulier avec des contrôles de l’évolution de la teneur en plomb avec une périodicité rapprochée. Il reste néanmoins que l’origine des dégradations des coussinets n’a pas encore été identifiée. Des investigations complémentaires doivent donc être menées par EDF.
En attendant, l’IRSN poursuit l’instruction technique de ce sujet sur la base des éléments fournis par EDF et rapporte les conclusions de cette instruction à l’ASN.






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